Déclaration du Syndicat CFTC plénière du 18 juin 2026 au Conseil Régional de ROUEN

Publié le 19 juin 2026

Au menu l’examen du budget principal de la Région (Compte Financier Unique 2025 et Budget Supplémentaire 2026).

Mais aussi débats autour du projet d’avis sur la liaison européenne Seine-Escaut, élaboré par un groupe de travail inter-CESER (Normandie, Île-de-France et Hauts-de-France) avec une déclaration du Groupe CFTC CESER Normandie par ses représentants Valerie RUBA COUTHIER, Sébastien Anftay et Arnaud Fossard

Titre de l’avis : «Liaison européenne Seine-Escaut : Conditions de réussite et opportunités de développement pour nos trois régions.»

Madame la Présidente, Chers collègues,

Pour le syndicat CFTC, l’enjeu majeur de tout projet économique réside dans sa capacité à soutenir l’emploi, à dynamiser nos territoires et à répondre concrètement aux défis environnementaux. C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit le travail de réflexion commun mené, dès 2017, par les CESER de Normandie, des Hauts-de-France et de l’Île-de-France autour de la future liaison européenne Seine-Escaut à grand gabarit.

Tout l’intérêt de la démarche de nos trois CESER est de s’appuyer sur un diagnostic solide, objectif et partagé. Au CESER de Normandie, la commission 3  « Territoires- Environnement- Projets structurants » a posé dernièrement des bases essentielles de réflexions, d’abord avec son étude de juin 2025 intitulée « Le fret en Normandie – Décarbonation et report modal », puis en mars 2026 en répondant à une saisine du Conseil Régional avec un avis intitulé « Promouvoir et développer le fret fluvial sur l’axe Seine, un atout pour la Normandie ». Les Ceser Hauts-de-France et d’Île-de-France ont, eux aussi, fourni un travail complémentaire précieux. Leurs rapports permettent de mieux dessiner les contours de ce projet structurant et de poser les bases d’une coordination indispensable pour nos trois territoires.

Ces études successives constituent, pour l’ensemble des acteurs, un outil d’analyse essentiel pour toujours mieux cerner les enjeux et éclairer les décisions à prendre. Elles ont permis de poser un diagnostic réel, apportant la matière factuelle nécessaire pour consolider le projet. Nos coopérations interrégionales permettent toujours de faire le lien entre l’existant, les opportunités de nos territoires et les besoins de notre économie. Elles s’avèrent d’autant plus cruciales cette fois encore, face à la concurrence féroce des ports du Nord de l’Europe comme Anvers .Nos trois régions ne peuvent plus se contenter de demi-mesures. Pour capter ces grands flux et gagner cette bataille logistique, nous devons collectivement voir grand. Voir grand pour amener nos voies d’eau à accueillir des barges à forte capacité, mais voir grand aussi pour les conditions d’escale de ces équipages sur l’ensemble de notre réseau. Gagner la bataille de la compétitivité face aux grands ports du Nord de l’Europe, c’est être capable de proposer, tout au long du parcours, des services de proximité et de répondre aux enjeux de formations et d’emplois.

Imaginez que nos trois régions disposent d’une autoroute fluviale ultra-moderne, mais qu’elle s’arrête brusquement avant de pouvoir rejoindre le grand réseau de la Belgique ou de l’Allemagne par exemple. Cette rupture de liaison bloque le transport de marchandises aux frontières et nous prive d’un accès direct vers le reste de l’Europe. Pour y remédier, le projet Seine-Escaut modernise 1 100 km de voies navigables à l’échelle européenne. Au cœur de ce tracé régional, le Canal Seine-Nord Europe représente le maillon manquant de 107 km qui, à travers son chantier en cours, reliera nos territoires aux grands flux internationaux.

Les chiffres nous prouvent que nous avons toutes les cartes en main pour réussir : le fret fluvial émet jusqu’à cinq fois moins de CO₂ que la route et consomme quatre fois moins d’énergie sur un axe Seine capable d’accueillir trois à quatre fois plus de trafic qu’aujourd’hui. Notre grande porte d’ouverture sur le monde qu’est Le Havre, alliée à Rouen, poumon commercial historique du fleuve, constituent les atouts naturels de cet ensemble logistique normand.

Une image vaut mieux qu’un long discours lorsque l’on prend conscience que la cargaison d’un seul grand bateau sur ce canal équivaut à 220 camions sur l’autoroute ou à 4 trains de fret complets.

Certes, un défi d’infrastructure aussi immense traverse toujours une part de scepticisme. Mais l’histoire nous montre que le doute initial est une étape normale. Nous nous rappelons tous des inquiétudes qui entouraient la conception du Tunnel sous la Manche quant à sa faisabilité. Pourtant, aujourd’hui, cette infrastructure est entrée dans le quotidien de millions de personnes et son utilité publique n’est plus contestée.

La réalisation du Canal Seine-Nord Europe, en Hauts-de-France, a suivi cette même trajectoire. Ce chantier majeur, maillon central de la future liaison vers l’Escaut, est désormais une réalité visible sur le terrain. Il prouve que lorsque la volonté politique s’allie à la mobilisation des territoires, le passage du doute à l’action est possible.

Notre bassin de vie bénéficie d’une situation unique, entouré de fleuves puissants et bordé par une vaste façade maritime qui ouvre la France et la Normandie sur le monde. Au-delà du symbole, c’est bien de l’avenir économique de nos ports maritimes dont il est question. Le Canal Seine-Nord Europe est l’outil moderne qui va permettre de connecter harmonieusement nos grands ports maritimes, de la Normandie aux Hauts-de-France, au cœur de l’Europe du Nord et jusqu’aux Pays-Bas. Cette liaison va transformer nos voies navigables en de formidables moteurs économiques, écologiques et touristiques, en propulsant nos territoires au premier rang des échanges européens. Ce projet est une opportunité historique de valoriser notre géographie, de dynamiser l’emploi local et de faire de nos cours d’eau le plus bel atout de notre avenir durable.

Le syndicat CFTC se demande si tout le monde est prêt à aller au-delà des discours institutionnels pour continuer d’accompagner ce projet d’envergure. Pour notre organisation, la réussite de ce défi colossal ne se mesurera pas au seul volume de marchandises mais à la qualité de l’accompagnement social et humain qui l’entourera.

Nous attendons des solutions concrètes pour accompagner Rouen vers un pôle d’excellence dédié aux compétences et aux services à la batellerie, un accès fluvial direct au Port du Havre et le maintien des aides au transbordement pour faire du transport fluvial le premier choix dès que la logistique le permet.

C’est pour concilier cette ambition et ces exigences que le groupe CFTC CESER fait sienne cette célèbre maxime : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». Certes, les arguments pour hésiter ou reculer ne manquent jamais. Mais les raisons d’agir sont infiniment plus puissantes. Géographiquement, c’est une évidence : il manque un chaînon vital pour relier nos régions. Écologiquement, continuer à se priver d’un usage massif du fret fluvial serait un contresens total.

La coopération inter CESER et les avis partagés tracent une voie ambitieuse pour 2032. La mise en action est à notre portée, mais elle exige désormais une gouvernance interrégionale unifiée, transparente et intégrant pleinement les partenaires sociaux. Engageons nos territoires, investissons dans les compétences des salariés et unissons nos forces régionales pour transformer cette ambition en une réalité économique, écologique et sociale juste.

Pour conclure sur une note plus légère : la réindustrialisation et notre souveraineté européenne sont des sujets bien trop sérieux pour que l’on regarde passer le train. Autant être du voyage, et réaffirmer l’ancrage historique de la Normandie au cœur de l’Europe.

Valérie RUBA-COUTHIER

 

Nos partenaires :