Syndicat CFTC CESER Normandie, L’apprentissage à l’aune du changement : quelles évolutions en Normandie ?

Publié le 3 avril 2026

Syndicat CFTC CESER Normandie, déclaration du 30 mars 2026, session plénière au Havre à propos de l’avis : L’apprentissage à l’aune du changement : quelles évolutions en Normandie ?

Madame la Présidente, cher-e-s collègues,

Le groupe CFTC tient tout d’abord à saluer la qualité du travail accompli par la commission emploi et formation du CESER de Normandie. Ce rapport, par ses données chiffrées et son analyse fine, met en lumière une réalité contrastée. Si la stratégie déployée par les pouvoirs publics depuis plusieurs années grâce à l’élargissement, la libéralisation et la revalorisation de l’apprentissage ont permis le doublement des effectifs et un succès quantitatif indéniable, elle place pourtant aujourd’hui le système sous une tension inédite, tant sur le plan du financement que de la qualité pédagogique. L’avis évoque les « ruptures de contrats prégnantes dans un contexte d’insertion professionnel favorable », ce qui interroge directement, le groupe CFTC, sur la qualité de l’accompagnement des jeunes en entreprise.

Au-delà des conclusions développées dans le rapport, la CFTC souhaite attirer l’attention sur un angle mort majeur : le taux de transformation réel au sein de l’entreprise formatrice. Un paradoxe subsiste, alors que nous affichons des taux d’entrée records, un apprenti sur deux n’est pas conservé par son employeur. Comment expliquer que des entreprises locales, déplorant pourtant des difficultés de recrutement, ne proposent pas de contrat à des jeunes qu’elles ont accompagnés pendant plus de trois ans ? Cette durée de formation prouve en soi la satisfaction de l’employeur, rendant l’absence de proposition d’embauche particulièrement contradictoire.

 

Pour le groupe CFTC, c’est précisément ici que se cache l’effet d’aubaine. Si le taux d’emploi global des apprentis normands atteint 87,7 % un an après la formation, ces indicateurs souvent satisfaisants occultent la réalité des fins de contrat. Dans les faits, près de la moitié des apprentis ne sont pas embauchés une fois leur diplôme en poche. Parallèlement, au premier trimestre 2025, le chômage des moins de 25 ans a bondi de 46,8 % en un an dans notre région. Cette hausse brutale suggère que de nombreux jeunes sortant d’apprentissage ne sont pas conservés et peinent ensuite à retrouver un emploi durable.

Le calcul pour certaines entreprises est malheureusement devenu purement comptable. Les aides financières et les exonérations réduisent le coût d’un apprenti à moins de 300 euros par mois. En comparaison, l’embauche en CDI d’un jeune diplômé coûterait environ 2 000 euros mensuels. L’incitation financière actuelle pousse donc trop souvent l’employeur à rompre le cycle pour reprendre un nouvel apprenti subventionné. Force est de constater que dans certains secteurs, l’apprentissage n’est plus seulement un mode de transmission de savoir, mais un modèle économique de subvention des coûts de fonctionnement.

Face à ces constats, il est temps d’envisager une modulation de la prime à l’embauche en fonction du niveau du diplôme préparé. Ne devrions-nous pas conditionner le maintien des avantages fiscaux à la capacité de l’entreprise à intégrer une fraction de ses apprentis en contrats pérennes ? Ne pourrions-nous pas passer d’une logique de subvention à l’entrée vers une prime au résultat pour l’embauche durable ? Enfin, pourquoi ne pas rendre systématique l’évaluation et l’affichage du taux de transformation en CDI sur le portail de la Région Normandie afin de rendre visible la proportion d’apprentis réellement recrutés par leur entreprise formatrice ?

Pour éviter la démobilisation des jeunes et la fragilisation de notre tissu social, il est indispensable d’arrêter de simplement répertorier le nombre de contrats signés pour enfin mesurer combien d’emplois durables ont été créés. Pour le syndicat CFTC, tout l’enjeu est désormais de trouver le point d’équilibre entre l’incitation et l’exigence. Si le système devient trop contraignant, les employeurs pourraient se détourner de l’apprentissage par peur du risque financier, ce qui n’est évidemment pas l’objectif. Cependant, nous nous obstinons à répéter que l’apprentissage ne peut pas être un « CDD jeune » ou une période d’essai de trois ans…

Nous réaffirmons ici, contrairement à ce qui est écrit dans le rapport, que la sécurisation des parcours d’apprentissage doit être un objectif prioritaire pour une voie d’excellence, inclusive et protectrice pour tous les jeunes publics, sans distinction de territoire ou de situation. Pour le syndicat CFTC, former un jeune, c’est lui donner les clés de son avenir, pas seulement une mission temporaire. Le jeune doit être considéré comme un investissement, on le forme, on parie sur lui. Nous sommes convaincus que notre société a le devoir moral et la responsabilité économique de soutenir la transmission. Il est crucial de ne pas transformer l’alternance en une simple variable d’ajustement comptable afin que ce dispositif puisse assurer sa mission fondamentale d’ascenseur social.

Valérie RUBA-COUTHIER

Nos partenaires :