Fonction publique hospitalière « RÉORGANISATION AU FORCEPS »
Notre militante de la fonction publique hospitalière en Normandie prend la parole pour les élections 2026.
MÉLANIE DERMOUCHÈRE
Secrétaire médicale au centre hospitalier universitaire de Caen (Normandie), formatrice pour les stagiaires. Représentante du personnel suppléante au CSE et à la formation spécialisée, nommée à la commission Formation du CHU. Secrétaire générale du syndicat Santé-Sociaux du Calvados.
Comme une petite ville
« Le CHU emploie entre 5000 et 5 500 personnes hors corps médical. C’est une petite ville où se côtoient cuisiniers, magasiniers, électriciens, plombiers, personnels administratifs ou soignants… Une section CFTC a été créée en 2007. Les résultats aux élections ont connu une croissance constante jusqu’à une légère inflexion en 2022 (17 %). Un coup d’aiguillon pour nous remobiliser ! Les adhésions sont reparties à la hausse et, aujourd’hui, la section CFTC compte plus de 100 adhérents. »
Sacrifiés
« Chez les administratifs et les ouvriers, les probléma-tiques principales concernent le manque d’effectifs. Les titularisations et les recrutements sont insuisants. Avant, on pouvait dire aux agents : “Tu es sur un poste vacant, la titularisation va venir.” Aujourd’hui, plus rien n’est certain. Lorsqu’il faut faire des économies, ces catégories sont sacrifiées – parce que la priorité est souvent donnée aux soignants – et on n’observe plus de réelles différences dans les tâches selon leurs grades. Ainsi, la rémunéra-tion est souvent moindre par rapport aux missions réel-lement accomplies. De manière générale, il y a de plus en plus de travail et de moins en moins de travailleurs.
Résultat : des conditions de travail dégradées, des dates de vacances non choisies, des heures supplémentaires qui s’accumulent faute de remplacement. Rappelons que nous avons une obligation de continuité des soins 7 j/7, 365 j/365. »
Le recrutement, ça coince
« Pour la deuxième année consécutive dans notre CHU, quasi aucun CDD n’a été renouvelé entre octobre et janvier. Le dernier trimestre s’est fait à effectif réduit. Face à l’incertitude liée à la loi de financement de la Sécurité sociale, notre direction souhaite montrer patte blanche. Ainsi, le déficit budgétaire est relativement mineur pour le CHU de Caen par rapport à d’autres… Ce qui aggrave la précarité des agents, notamment les brancardiers. »
Avancer sans prise
« L’ambiance est tendue avec la direction, qui nous infantilise. Comme en escalade, on a du mal à trouver des prises et on doit perpétuellement redescendre en rappel pour réclamer du dialogue social. Les six syndicats du CHU déplorent unanimement un manque de transparence. On ne parvient pas à obtenir les informations nécessaires à l’accompagnement des personnels sur le terrain. Les décisions sont prises uni-latéralement par la direction, qui laisse les hiérarchies intermédiaires se charger d’annoncer les mauvaises nouvelles. »
Travail en 12 heures
« Début décembre, les représentants du personnel ont appris que le pôle Chirurgie tout entier passait en 12 heures – au lieu de 7 h 40 – avec prise d’effet au 1er jan-vier 2026. Ce qui laissait peu de temps pour s’organiser. Les syndicats n’ont pas signé. Par exemple, plutôt que d’amputer le pôle de 11 postes d’aides-soignantes et d’in-firmières en passant en 12 heures, l’équipe CFTC avait pro-posé d’en “sauver” deux et de redéployer les neuf autres dans différents secteurs du CHU, afin d’introduire enfin de la souplesse en cas de congés ou d’arrêts-maladies… Nous n’avons pas été entendus. Cette réorganisation est passée au forceps, alors que le travail en 12 heures est tout de même censé être un régime dérogatoire ! »
Titulaire de son grade, mais pas de son poste
« Un autre sujet nous fâche : l’expérimentation, dans certains services, de l’externalisation du nettoyage. Aux agents d’entretien en CDD, il a été dit : “Allez voir ailleurs !” Quant aux titulaires, en dépit de leurs souhaits de mobilité, ils seront positionnés là où il y aura de la place. Parce que dans la fonction publique, on est titulaire de son grade, mais pas de son poste. »
Le cas médiatisé des urgences
« Depuis début novembre, faute d’encadrement suisant, il n’y a plus d’internes aux urgences de Caen. Ils sont répartis dans d’autres établissements, comme l’hôpital de Saint-Lô. La réserve sanitaire a été mobilisée et on a quelques médecins volontaires. Avec les épidémies hivernales et la grève des médecins libéraux, c’était tendu, malgré la mise en place de modalités exceptionnelles d’admission aux urgences. Par exemple, lorsqu’un patient se présente directement à l’hôpital, il est accueilli par une infirmière qui appelle le Samu pour décider de son orientation…
Nous validons tout ce qui apporte une plus-value au patient et une sécurité aux agents. Quelques victoires nous ont fait plaisir ces derniers mois, sur le front de l’accompagnement individuel des agents. Obtenir des CDI et, même si cela est moins spectaculaire, des avancées en matière de promotion professionnelle, cela met du baume au cœur ! »
Article LVB N° 20




